Catégorie : DolceHistoria

un ex-gardien de camp nazi en Allemagne extradé par les États-Unis

L’Allemagne a accepté mardi d’accueillir un ex-gardien SS âgé de 95 ans expulsé par les Etats-Unis, invoquant sa responsabilité « morale » au moment où elle est en passe de clore les dernières poursuites contre d’anciens nazis.

Né en Pologne, Jakiw Palij, qui vivait depuis 1949 à New York, avait été assistant SS en 1941 dans le camp de travail forcé de Trawniki dans lequel plus de 6.000 Juifs ont été exterminés.

« Avec l’admission de Palij, le gouvernement fédéral envoie un signal clair de la responsabilité morale de l’Allemagne », a dit à l’AFP un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

Il est toutefois peu probable qu’il doive rendre des comptes à la justice. Il devrait finir ses jours dans une maison de retraite.

« Il n’y a pour le moment aucune information (qui permettrait) d’envoyer Palij devant un tribunal en Allemagne », a précisé à l’AFP le chef du département chargé d’élucider les crimes nazis de Ludwigsbourg Jens Rommel, soulignant que son appartenance aux SS et son apprentissage effectué au camp ne suffisaient pas pour enclencher « une procédure de complicité de meurtre »

Un tribunal allemand avait déjà ouvert une enquête préliminaire en 2015 à son sujet, close l’année suivante faute de preuves suffisantes.

– Mensonge

Arrivé mardi matin à l’aéroport de Düsseldorf, l’homme a été transporté vers un centre de soins gériatriques près de Münster, selon la presse allemande.

M. Palij avait immigré en 1949 aux Etats-Unis et obtenu la nationalité américaine huit ans plus tard, prétendant avoir été un fermier pendant la Deuxième guerre mondiale. Mais en 2003, un juge fédéral la lui a retirée parce qu’il avait menti sur son passé de SS.

Le procureur avait estimé que M. Palij, en tant que gardien, avait empêché les prisonniers de s’échapper et avait « contribué directement à leur massacre ». Des accusations que l’intéressé a réfutées.

Depuis, les Etats-Unis ont essayé à maintes reprises sans succès de l’expulser vers la Pologne, l’Ukraine (où sa ville de naissance – à l’époque polonaise – se trouve aujourd’hui) et l’Allemagne.

L’ancien garde SS a régulièrement été aux Etats-Unis l’objet de manifestations hostiles, de plus en plus fréquentes ces dernières années, devant son domicile new-yorkais.

Berlin a longtemps refusé de l’accepter sur son territoire car il n’avait pas la nationalité allemande.

Ce changement de décision est susceptible d’apaiser les tensions diplomatiques récurrentes entre Berlin et le gouvernement de Donald Trump, qui avait jugé l’affaire « hautement prioritaire ».

L’ambassadeur des Etats-Unis à Berlin Richard Grenell, un proche du président Trump, a salué « la volonté politique et l’engagement de plusieurs membres de l’équipe de la chancelière » Angela Merkel. Il a aussi souligné que le secrétaire d’américain Mike Pompeo s’était beaucoup impliqué pour négocier avec son homologue allemand Heiko Maas.

– Justice tardive –

« Palij avait menti sur le fait d’être nazi et est resté aux Etats-Unis pendant des décennies. Son expulsion envoie un message fort : les Etats-Unis ne toléreront pas ceux qui ont facilité les crimes nazis », a expliqué la Maison Blanche dans un communiqué.

Le centre Simon Wiesenthal a aussi salué son expulsion, jugeant qu’il ne méritait pas « le privilège de vivre aux Etats-Unis ».

Le camp spécial de Trawniki, ouvert en septembre 1941, a fermé à l’automne 1943 après que des unités SS ont massacré l’ensemble des prisonniers du camp, soit quelque 6.000 juifs, dans le cadre d’une opération appelée « Fête des moissons ».

L’Allemagne a jugé et condamné ces dernières années plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre : John Demjanjuk, Reinhold Hanning et Hubert Zafke ont tous été condamnés, illustrant la sévérité accrue, mais très tardive, de la justice allemande.

Cependant, jusqu’ici, aucun n’est allé en prison en raison de leur état de santé.

Dernièrement, Oskar Gröning, dit le « comptable d’Auschwitz », a été définitivement condamné à quatre ans de prison, avant de mourir en mars à 96 ans, peu avant son incarcération.

La justice allemande est régulièrement critiquée pour son traitement des crimes du IIIe Reich, accusée d’avoir longtemps trop peu condamné, trop faiblement et trop tard.

Source : Agence France Presse (AFP)

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Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Missak Manouchian est mort

Hier, samedi, Arsène Tchakarian est mort à l’âge de 101 ans, a annoncé sa famille. Il faisait partie d’un groupe de résistants dont 22 membres avaient été exécutés par les nazis en février 1944. Continue reading « Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Missak Manouchian est mort »

Karl Josef Silberbauer, qui a arrêter Anne Frank il y a 74 ans ?

Né le 21 juin 1911, Karl Josef Silberbauer  était un officier de police autrichien, membre des SS et enquêteur sous couverture pour le Service fédéral allemand des renseignements.  Affecté à Amsterdam pendant la Seconde Guerre mondiale. Pendant le conflit il a été promu au rang de Hauptscharführer(1). C’est lui qui a commandé le raid de la Gestapo sur l’ Annexe secrète et les arrestations d’ Anne Frank et ses sept ses compagnons fugitifs et leurs protecteurs gentils. Dans les années soixante Silberbauer est inspecteur à la police de Vienne.   Continue reading « Karl Josef Silberbauer, qui a arrêter Anne Frank il y a 74 ans ? »

Allemagne : Un ex-SS mis en accusation…

Agé de 94 ans un ancien SS pourrait être jugé pour avoir gardé en 1942 et 1943 le camp d’extermination nazi d’Auschwitz. Ce jeune SS était alors âgé de 19 ans.

Un ancien SS de la garde du camp d’extermination d’Auschwitz a été mis en accusation pour complicité de meurtres, a annoncé ce lundi le parquet allemand, ouvrant la voie à la tenue d’un procès de cet homme de 94 ans. Après des décennies d’errements, la justice allemande a engagé une course contre la montre pour condamner les anciens nazis encore vivants et ayant joué un rôle, même subalterne (garde, comptable, télégraphiste etc.), dans les crimes du régime hitlérien dans les camps.Âgé de 19 ans au moment des faits. L’accusé, qui n’a pas été identifié, a servi en 1942 et 1943 à Auschwitz-Birkenau, durant cette période au moins 15 trains de déportés sont arrivés. Au moins 13 335 de ces victimes ont été conduites aux chambres à gaz dès leur arrivée, selon le communiqué du parquet Stuttgart.

L’accusé assure cependant avoir ignoré à l’époque les étapes et le déroulement de ces crimes. Âgés de 19 ans au moment des faits et donc mineur alors, il devra comparaître devant le tribunal des mineurs de Mannheim à une date encore indéterminée.

Jusqu’ici aucun n’est allé en prisonEnviron 1,1 million de personnes, des juifs à 90%, sont mortes au camp d’Auschwitz-Birkenau entre 1940 et 1945. L’Allemagne a jugé et condamné ces dernières années plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre, mais jusqu’ici aucun n’est allé en prison. Oskar Gröning, dit le « comptable d’Auschwitz », est ainsi mort en mars à l’âge de 96 ans, juste avant son incarcération. Il avait été condamné en 2015 à 4 ans de prison pour complicité dans la mort de 300 000 Juifs. Les poursuites contre de nombreux autres n’ont pas abouti, leur état de santé étant jugé incompatible avec la tenue d’un procès.

Source : Agence France Presse (AFP)

Klaus Barbie, qui était « le boucher de Lyon »?

A l’occasion de la fin de l’exposition dossier du Mémorial de la Shoah intitulée « Le procès Barbie, Lyon 1987 » qui se termine le 15 octobre prochain, je vous propose de découvrir ou redécouvrir qui était Klaus Barbie surnommé « le boucher de Lyon ».

Nikolaus Barbie, dit Klaus Barbie est né le 25 octobre 1913 à Bad Godesberg (1). Après l’obtention de son Abitur(2) à l’âge de vingt ans en 1933 – l’année même à laquelle Adolf Hitler est nommé Chancelier – il adhère aux Hitlerjugend(3). Pour le jeune Klaus c’est une révélation ; il est convaincu par cette idéologie, ce qui le conduit à être admis à la SS à seulement 22 ans. Il commence donc à travailler dans les rangs de la SS en 1935 au service du Sicherheitsdienst(4) qui deviendra le service de renseignements du Troisième Reich par un décret en date du 11 novembre 1938. Courant 1935, il suit une formation d’enquêteur au quartier général de la police de l’Alexanderplaz. Il est ensuite nommé quelques semaines à la brigade criminelle avant d’être en poste à la brigade des mœurs. Muté à Düsseldorf en 1936, il passe l’année suivante à l’école du SD. En 1937, il suit un cours d’officier. En avril 1933, les listes du NSDAP(5) étant clôturées, ce n’est qu’à leur réouverture en 1937 que Klaus Barbie adhère au parti. En fin d’année 1938, Klaus Barbie effectue son service militaire sur une durée de trois mois au 39e Régiment d’infanterie avant de poursuivre sa formation d’officier. Le 20 avril 1940, sa carrière d’officier SS débute réellement : il est nommé SS-Untersturmführer(6). A la même période, il épouse Régine Willms dont il aura deux enfants et avec qui il restera marié toute sa vie. Elle aussi est membre du parti nazi depuis 1937 et travaille dans une crèche de l’association des femmes nazies.

En peu de temps, Klaus Barbie se fait repérer par les chefs nazis. En effet il est aimable avec ses collègues, détestable au possible avec le reste de l’humanité. Il fait du bon travail selon ses supérieurs, ce qui lui vaut être envoyé au Pays-Bas après leur invasion en 1940, au sein d’un détachement de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst)(7) à la section VI(8) chargée de la préparation du débarquement en Grande-Bretagne. Il est muté à la section IV appelée communément Gestapo avant même que l’opération de débarquement en Grande-Bretagne soit annulée. Dans le cadre de sa nouvelle affectation, d’abord à La Haye puis à Amsterdam, il a comme mission de poursuivre et rafler des juifs, des francs-maçons et des émigrés allemands. Son « travail » est tellement efficace selon ses supérieurs qu’en octobre 1940, il est promu SS-Obersturmführer(9), pour avoir été l’un des officiers les plus énergiques dans l’assaut du ghetto juif d’Amsterdam et pour avoir commandé des pelotons d’exécution. Klaus Barbie est alors décoré de la Eisernes Kreuz II.Klasse(10) le 20 avril 1941 soit un an après avoir été nommé SS-Untersturmführer(6).

Ensuite, il semblerait qu’il ait été envoyé en URSS de l’été 1941 au printemps 1942, dans un commando spécial de la Sipo-SD(7) chargé de la lutte contre les partisans sur les arrières de l’armée allemande. Il y aurait notamment effectué un stage de parachutiste mais ce n’est pas mentionné dans son état de service.

Au printemps 1942, bien noté, Klaus Barbie continue son ascension dans hiérarchie SS, parlant Français il est donc nommé chef de la sécurité à Gex, sous-préfecture de l’Ain en France, à proximité de la frontière suisse où une mission délicate l’attend : il doit enlever Alexander Foote, un agent secret travaillant pour l’URSS à Genève. Lorsque Barbie parvient à soudoyer le chef d’un poste de la garde-frontière suisse et à s’introduire en Suisse par le poste de Prévessin-Moëns, Alexander Foote a déjà disparu.

En juin 1942, Klaus Barbie prend ses fonctions au Kommando der Sipo-SD(7) (KDS) de Dijon où sa mission est de surveiller des douaniers allemands et, à partir de juillet 1942, il est  en poste au casino de Charbonnières-les-Bains dans les faubourgs de Lyon où, avec une partie du commando DONAR, il est chargé de détecter les radios clandestines.

Après l’invasion de la Zone Libre en France par les Allemands le 11 novembre 1942, Barbie est affecté au KDS de Lyon sous la direction de Rolf Müller. Il est dirigé par Fritz Hollert du début à l’été 43, puis passe sous les ordres de Werner Knab. A ce moment là il prend le commandement de la section IV(11).

C’est en février 1943 que Klaus Barbie devient le chef de la Gestapo(12) de la région lyonnaise, il est le troisième officier de la hiérarchie, au sein du KDS de Lyon. De nombreux résistants sont torturés puis exécutés sous ses ordres. Il a également son actif, et à la demande de Joachim von Ribbentrop(13), en août 1943, l’arrestation d’Albert Lebrun et André François-Poncet en Isère.

C’est là que Klaus Barbie est surnommé « le boucher de Lyon », donnant l’ordre d’exécuter de nombreux otages et de déporter des milliers de juifs à Drancy(14) avant d’envoyer des milliers d’innocents à Auschwitz(15). Parmi ses victimes, se trouvent les 84 personnes raflées le 9 février 1943 au siège de l’UGIF(16), de la rue Sainte-Catherine à Lyon, mais aussi les 44 enfants d’Izieu raflés le 6 avril 1944(17).

Le 11 août de la même année,  fort de son influence, Barbie réussit à faire partir directement de Lyon pour Auschwitz l’ultime convoi de déportés avec 650 personnes dont 342 non-juifs et 308 juifs.

Au cours du premier semestre de l’année 1944, Barbie dirige également le commando de la Sipo-SD(7) qui accompagne les troupes de répression des maquis, notamment dans l’Ain et le Jura : il torture, tue ou fait tuer de nombreux villageois qui auraient soutenu les maquisards.

Klaus Barbie se montre également très actif du côté savoyard de la frontière franco-suisse, lieu de passage de clandestins vers la Suisse. Accompagné de son interprète Gottlieb Fuchs, il y conduit des interrogatoires accompagnés d’actes de torture à l’hôtel Pax d’Annemasse en Haute-Savoie.

Klaus Barbie se trouve le 5 septembre 1944 dans les Vosges : sa présence est attestée à Bruyères avec de nombreux membres de la Sipo-SD(7) de Lyon dont le SS-Obersturmbannführer(18) Werner Knab, et certains sous-officiers qui feront partie du réseau qui prendra la fuite pour l’Amérique du Sud après guerre. Le 8 septembre, Barbie se rend à Rehaupal avec l’objectif de localiser un maquis.

Le SS-Sturmbannführer(19Wanninger recommande Klaus Barbie pour une promotion au grade de SS-Hauptsturmführer(20) pour la qualité de son travail, encore et toujours selon ses supérieurs. Le Reichsführer-SS Heinrich Himmler a exprimé sa gratitude à Barbie dans une lettre personnelle qui le félicitait pour la qualité de son travail dans la recherche des criminels et la lutte contre la Résistance. Barbie est un officier sur lequel on peut compter aussi bien sur le plan psychologique que sur le plan idéologique. Depuis sa formation et son emploi au sein du SD, Barbie a mené une carrière assidue en tant que directeur d’un service supérieur et, s’il n’y a pas d’objection, il est recommandé qu’il soit promu SS-Hauptsturmführer. »(20)

Après la Libération de la France, Barbie parvient, blessé, à gagner la ville de Baden-Baden en Allemagne. Le 9 novembre 1944, il est promu SS-Hauptsturmführer(20). En poste à Halle, puis à Düsseldorf et à Essen, il termine la guerre à Wuppertal.

A la fin de la guerre débute pour Klaus Barbie une longue cavale de plusieurs décennies :

Recherché par les Alliés comme criminel de guerre, Klaus Barbie figure sur deux listes : à Londres, celle de la Commission des crimes de guerre des Nations unies (UNWCC : United Nations War Crimes Commission), sous le no 48 et le nom de Barbier, alias Kreitz et, à Paris, celle du Registre central des criminels de guerre et des suspects pour raisons de sécurité (CROWCASS : Central Registry of Wanted War Criminals and Security Suspects), sous le no 57 et le nom de Barbie/Barbier/Barby/von Barbier/Klein/Kleitz/Mayer. L’ancien patron de la Gestapo de Lyon se fait discret, mais n’hésite pas à organiser, fin 1945, avec d’anciens SS, un réseau de résistance nazie. Cependant, en butte à l’indifférence de la population et à la répression des Alliés, ce réseau est vite infiltré et la plupart de ses membres arrêtés début 1947 (Operation Selection Board). Plusieurs fois arrêté, il réussit à cacher sa véritable identité et à s’évader.

En avril 1947, il rencontre Kurt Merk, ancien officier de l’Abwehr en poste à Dijon pendant la guerre, avec lequel il avait travaillé lorsqu’il était lui-même en poste à Lyon. Kurt Merk lui propose d’entrer dans le réseau Peterson qu’il commande et qui est entièrement financé par le CIC(21). Par deux fois des agents français demandent à parler avec Klaus Barbie au sujet de l’affaire René Hardy, mais le CIC(21) cache sa présence, pensant que c’est en fait pour l’arrêter. Dabringhaus ne prend conscience que Barbie est un criminel qu’après plusieurs mois, informé par Kurt Merk. Début 1948, il en fait part à sa hiérarchie qui préfère continuer à utiliser Barbie. À partir de ce moment-là, la France commence à réclamer l’extradition de Klaus Barbie.

Le Counter Intelligence Corps(21) donne trois raisons pour expliquer la protection qui lui est accordée : d’abord que son aide est vraiment précieuse au moment de la Guerre Froide, ensuite, que ses « prétendus crimes » contre la Résistance étaient des actes de guerre, que les Français recherchent davantage la vengeance que la justice, enfin qu’enfin on ne peut plus faire confiance à une France submergée par les Communistes qui veulent en fait interroger Barbie sur la pénétration américaine du parti communiste allemand et des services secrets français. Le CIC est vivement intéressé par l’expérience que Barbie a acquise en France contre la Résistance communiste, surtout afin d’obtenir des informations sur la pénétration communiste des services secrets français, sur les activités du Parti communiste français en France, dans l’armée française et la zone française en Allemagne, ainsi que sur celle des services secrets français dans la zone américaine. Poursuivi notamment dans le cadre des deux procès intentés à René Hardy, suspecté d’avoir trahi Jean Moulin, le tribunal militaire de Lyon condamne Klaus Barbie à la peine capitale par contumace(22) le 16 mai 1947 et le 25 novembre 1954.

Barbie, accusé de vol par la police allemande, est exfiltré en 1951 vers l’Argentine avec le concours des services secrets américains (CIA) et de Krunoslav Draganović, prêtre catholique jouant un rôle majeur dans l’exfiltration d’anciens nazis. Sous la fausse identité de « Klaus Altmann », il s’installe en Bolivie, obtient la nationalité bolivienne et dirige une entreprise d’exploitation du bois.  De 1966 à 1971, il est à la tête de la Transmarìtima Boliviana, première compagnie maritime du pays (qui n’a pourtant pas de frontière maritime !) et qui s’adonne au trafic d’armes et de drogues au profit des dictatures militaires d’Amérique du Sud. Fort de son expérience, il collabore activement à partir de 1964 avec l’armée bolivienne, donnant de précieux conseils pour la recherche et la torture des opposants. De 1965 à 1967, jusqu’à la mort de Che Guevara dans la jungle bolivienne, il semble qu’il soit de nouveau au service de la CIA. En 1971, il soutient le coup d’État du colonel Hugo Banzer et, pour conforter son régime, Barbie crée une organisation paramilitaire d’extrême-droite : « Les fiancés de la mort ». Après la faillite de sa société, il s’installe au Pérou. Néanmoins lorsque Beate Klarsfeld, militante allemande anti-nazi majeure de l’après guerre traque avec son mari, avocat, les principaux chefs nazis, Klaus Altmann est dans l’obligation de regagner la Bolivie de peur d’être démasqué. C’est le début d’une longue traque.

En effet, dès 1961 une enquête de la police allemande, alimentée par les archives de la VVN(23), détermine que Barbie s’est réfugié en Bolivie. Il est démasqué par les autorités allemandes en 1969 lorsque sa fille demande un visa pour l’Allemagne. Toutefois, face aux difficultés administratives, l’affaire est sur le point d’être classée quand les protestations de Beate Klarsfeld viennent la relancer : le 1er octobre 1971, non sans mal, elle obtient, du Procureur allemand Manfred Ludolph la reprise de l’instruction ouverte en 1960 par le parquet de Munich contre l’ex-SS-Hauptsturmführer Barbie. D’après l’historien Peter Hammerschmidt, Klaus Barbie aurait même travaillé pour le Service fédéral de renseignements de la République fédérale d’Allemagne entre 1966 et 1967, sous le nom de code Adler.

Le procureur remet à Beate Klarsfeld deux photos de Barbie, dont l’une prise en 1968 à La Paz avec un homme qui lui ressemble fortement autour d’un groupe d’homme d’affaires. En décembre 1971, les Klarsfeld obtiennent d’Allemands établis en Bolivie l’adresse et le faux nom des Barbie installés à Lima. La photo paraît dans la presse, si bien que les autorités péruviennes demandent aux Barbie de partir, ne voulant pas risquer de refuser à la France son extradition. Le 19 janvier 1972, le journal L’Aurore publie un article retentissant : « L’ex-nazi Klaus Barbie vient de se réfugier au Pérou après un long séjour en Bolivie. La France va-t-elle le réclamer ? » Le dossier des Klarsfeld monté contre Barbie est désormais médiatisé.

Le journaliste Ladislas de Hoyos parvint à l’interviewer les 3 et 4 février 1972, en Bolivie. Lors de ses entrevues avec le soi-disant Klaus Altmann, le journaliste permettra de le confondre en lui présentant des photos de l’ancien officier et en récupérant ses empreintes digitales apposées sur ces documents, notamment. Le reportage a ensuite été diffusé à la télévision française. C’est lors de cette diffusion que Klaus Barbie est reconnu par Simone Lagrange qu’il avait torturée en 1944.

Klaus Barbie, personnage important en Bolivie, est protégé par le régime Banzer jusqu’à sa chute en 1978, puis, après le coup d’État de 1980, par le nouveau régime dans lequel Barbie est nommé colonel honoraire des services de renseignements. Cependant, le gouvernement américain contraint le Président bolivien à démissionner l’année suivante. Avec le retour des centurions dans leurs casernes, l’étau se resserre sur Barbie. Dans Le Monde du 21 février 1979, l’ancien Président Hernan Siles Zuazo qui sera élu pour un nouveau mandat de 1982 à 1985, déclare déjà sans ambages : « Évidemment, un gouvernement démocratique ne peut pas protéger un criminel comme Barbie. Nous luttons contre le fascisme local et contre tout fascisme d’où qu’il vienne ».

A la suite d’accords d’échanges entre la France et la Bolivie, Klaus Barbie est arrêté pour dettes mais en réalité pour être expulsé vers la France le 5 février 1983. Fait symbolique, il est incarcéré pendant une semaine à la prison Montluc où, durant ses fonctions de chef de la Gestapo lyonnaise, il avait emprisonné, torturé et tué des juifs, des résistants et des otages.

Son procès devant la Cour d’Assises du Rhône débute le 11 mai 1987, dans la salle des Pas-perdus du Palais de Justice de Lyon. Le président du tribunal, André Cerdini, décide de ne pas faire comparaître Barbie dans une cage de verre blindée, estimant que l’accusé n’a pas à bénéficier d’une telle protection. L’accusation est menée par Pierre Truche, assisté de Jean-Olivier Viout. Sa défense est assurée par l’avocat Jacques Vergès ainsi que par Jean-Martin Mbemba(24) et par Nabil Bouaita(25). Face à Barbie, 39 avocats représentent plus d’une centaine personnes en tant que parties civiles composées d’anciens déportés rescapés, d’anciens résistants également déportés. Sabine Zlatin directrice de la « Colonie des enfants réfugiés d’Izieu » dont les 44 enfants et 7 éducateurs ont été raflés sous ordres de Barbie se porte également partie civile et fait un témoignage bouleversant.

Au troisième jour du procès quand commencent les dépositions de ses victimes, Barbie, fuyant la confrontation, se lève et lit une brève déclaration. Il annonce son intention de ne plus comparaître aux audiences comme l’y autorise le droit français, au motif de l’illégalité de sa détention. Le 4 juillet 1987, au terme de neuf semaines de procès et après six heures et demie de délibération, la Cour d’Assises du Rhône reconnaît Klaus Barbie coupable de dix-sept crimes contre l’humanité et le condamne à la prison à perpétuité « pour la déportation de centaines de Juifs de France et notamment pour l’arrestation, le 6 avril 1944, de 44 enfants juifs et de 7 adultes à la maison d’enfants d’Izieu et leur déportation à Auschwitz. ». C’est la première fois que ce chef d’accusation est retenu en France. Ce procès a fait l’objet d’un enregistrement vidéo mené entre autres par le journaliste Ladislas de Hoyos qui l’avait interviewé en 1972, soit quinze ans auparavant, en Bolivie. On notera que l’arrestation et la torture de Jean Moulin ne feront pas partie des chefs d’accusation de ce procès, ne constituant pas un crime contre l’humanité et les faits étant prescrits. On ne sait toujours pas à ce jour qui a trahi Jean Moulin, Barbie était le seul à connaître la vérité et n’a jamais été clair dans ses réponses  …

Klaus Barbie s’éteint le 25 septembre 1991 à la prison Saint-Joseph de Lyon à près de 78 ans, des suites d’un cancer du sang et de la prostate.

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  1. Aujourd’hui, quartier de la ville de Bonn
  2. Baccalauréat
  3. Jeunesses Hitlériennes
  4. Service de sécurité du parti Nazi
  5. Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, parti Nazi, parti national-socialiste

  6. Sous -lieutenant SS

  7. police de sécurité — État — et service de sécurité — parti nazi

  8.   Renseignements à l’étranger

  9. Lieutenant-SS

  10. Croix de Fer de seconde classe

  11. lutte contre les résistants, les communistes, les juifs…

  12. Geheime Staatspolizei signifiant « Police secrète d’État »

  13. Ministère des Affaires Etrangères du Reich de 1938 à 1945

  14. Camp de transit

  15.   Camp d’extermination : « la solution finale »

  16. Union générale des Israélites de France

  17.   A lire également sur mon blog : « Sabine Zlatin, qui était la Dame d’Izieu « 

  18. Lieutenant-colonel SS

  19. Commandant-SS

  20. Capitaine SS

  21. Counter Intelligence Corps, US Army

  22. en son absence

  23. L’Association des persécutés du régime nazi – Confédération des antifascistes, en Allemand : Vereinigung der Verfolgten des Naziregimes – Bund der Antifaschistinnen und Antifaschisten

  24. Avocat congolais

  25. Avocat algérien

Festival de Cannes, des années 50 à aujourd’hui

Cette semaine, nous revenons avec une seconde et dernière partie de mon article sur l’histoire du Festival de Cannes des années 50 – marquées par la guerre froide – à aujourd’hui, en passant par différentes périodes telles que la Nouvelle Vague. On retiendra les films de Jean-Luc Godard et François Truffaut qui l’auront tous les deux marquée.

Ruban Cannes blog

Paillettes, censure et la guerre froide marquent les années 50

Les premières éditions du Festival en font d’abord un événement mondain durant lequel presque tous les films repartent avec un prix. De par la venue de stars du monde entier sur ses marches et sa médiatisation sans cesse croissante, le Festival de Cannes se forge rapidement une renommée internationale et légendaire. Dans les années 50, le Festival  gagne en popularité grâce à la présence de célébrités telles que Kirk Douglas, Sophia Loren, Grace Kelly, Brigitte Bardot, Cary Grant, Romy Schneider, Alain Delon, Simone Signoret, Gina Lollobrigida ou encore Pablo Picasso, accueillies dans le nouveau « Palais Croisette » inauguré pour l’édition de 1949.

Néanmoins, durant les années 50, le Festival doit faire ses preuves car outre les paillettes, les premiers « scandales », les blocs de l’Est et de l’Ouest s’affrontent à Cannes par films interposés, tout cela sur un fond de Guerre Froide.  Afin de prévenir,  tout incident diplomatique quant à la sélection des films, les organisateurs prennent la décision d’ajouter au règlement de la manifestation un article autorisant le retrait d’un film, dans certaines conditions. Le comité y aura recours onze fois au cours des années 50, avec un record en 1956 qui connaît six cas de censure. À la suite de cette édition, les organisateurs décident de supprimer l’article du règlement, ouvrant par ce geste une nouvelle ère pour le Festival, où le souci de la qualité cinématographique prend le pas sur les préoccupations diplomatiques.

De plus, un climat tendu rend la cohabitation des œuvres compliquées, le Festival doit donc faire face au cours des années 50, à l’émergence d’un grand nombre d’autres festivals français et européens qui l’obligent sans cesse à s’adapter et à innover pour assurer sa suprématie. C’est dans ce contexte de rivalité que deux éditions sont annulées faute de budget en 1948 et en 1950, et que les dates de la manifestation sont décalées au printemps, en mai, à partir de 1952.

De 1947 à 1954, le jury est exclusivement composé de personnalités françaises et toutes les sélections de la Compétition internationale se disputent un seul Grand Prix et des prix secondaires attribués en fonction des qualités des films : Prix du divertissement, du Documentaire romanesque, du Film le mieux raconté par l’image, de l’Humour poétique, du Film légendaire ou encore du Film d’explorateur… On récompense notamment l’innovation technique avec l’arrivée des films en couleurs et le format Cinémascope, mais la fantaisie des prix suscite de nombreuses critiques. Dans le but d’apaiser la situation, les responsables cannois prennent le parti pris de revenir  à un palmarès plus classique à partir de 1954 et, en 1955, c’est un jury composé de personnalités étrangères et appartenant aux métiers du cinéma qui décerne la première Palme d’or de l’histoire du Festival au film Marty de Delbert Mann.

Trois grandes thématique durant les années 60

Lors de l’instauration de la Ve République en 1959, André Malraux est alors ministre des Affaires culturelles, et se trouve donc à la tête de l’organisation du Festival et de la validation de la sélection des films français. Sensible à l’évolution du cinéma, il ouvre la compétition à une nouvelle génération de réalisateurs, comme François Truffaut récompensé pour Les Quatre cents coups en 1959, et impose la sélection d’œuvres audacieuses et engagées comme Hiroshima mon amour (1959) et La Guerre est finie (1966) d’Alain Resnais, Le Joli mai de Chris Marker, et surtout La Religieuse de Jacques Rivette (1966). Cette dernière projection demeure comme l’un des plus grands scandales de l’époque aux côtés de celles de La Dolce Vita de Federico Fellini et de L’Avventura de Michelangelo Antonioni en 1960 ou encore de Viridiana de Luis Buñuel en 1961.

Durant la même période, Robert Favre Le Bret, Délégué général du Festival, commence à parcourir le monde pour enrichir la sélection. Une stratégie payante qui perdure encore aujourd’hui et permet au Festival d’inviter Bette Davis, Joan Crawford, John Wayne, Kirk Douglas ou Sean Connery sur la Croisette, et de se prévaloir de la reconnaissance de films tels que Les Oiseaux (The Birds) d’Alfred Hitchcock (1963), Le Prix d’un homme (This Sporting Life) de Lindsay Anderson, Le Guépard (Il Gattopardo) de Luchino Visconti ou encore Huit et demi (8 1⁄2) de Federico Fellini…

Les films et les vedettes  à cette époque contribuent à braquer tous les projecteurs sur le Festival mais, pour André Malraux, le cinéma est aussi une affaire d’industrie. C’est ainsi qu’en 1959, il officialise le Marché du film qui se tenait jusqu’alors clandestinement depuis 1946 dans les cinémas de la rue d’Antibes. En installant les professionnels de l’industrie cinématographique à l’intérieur du Palais pour les encourager à tisser des collaborations, le Festival affirme alors pleinement son rôle dans le développement de l’industrie du film.

Les pavés de mai 68 crèvent l’écran et marquent l’édition du Festival de Cannes. En effet la fin des années 60, le malaise social profond qui s’est emparé de la France toute entière se durcit dans la nuit du 10 au 11 mai 1968. Le 11 mai marque cette année-là l’ouverture de la vingt-unième Festival de Cannes avec la projection de la copie restaurée d’Autant en emporte le vent (Gone with the Wind, 1939) de Victor Fleming. L’évènement se transforme alors  rapidement en lieu de meetings et de contestation, ce qui conduit à la démission des membres du jury et les réalisateurs retirent leur films. Le 19 mai 1969 à midi, le Festival est interrompu après que Louis Malle, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Berri, Milos Forman, Roman Polanski, Claude Lelouch, ont empêché la projection de Peppermint frappé de Carlos Saura, en s’accrochant au rideau rouge de la scène pour le maintenir fermé. Cette décennie voit naitre deux sélection indépendantes. La Semaine Internationale de la Critique en 1962 et la Quinzaine des Réalisateurs en 1969.

Une nouvelle identité dans les années 70

A la suite des contestations exprimées en 1968, les organisateurs du Festival comprennent l’importance de se moderniser en adhérant aux idées en vogue, à commencer par la liberté de création au cinéma. Les films sélectionnés en 1969, largement imprégnés de thématiques révolutionnaires, traduisent cet état d’esprit contestataire, tout comme le palmarès qui récompense cette même année If de Lindsay Anderson, Easy Rider de Dennis Hopper ou encore Z de Costa-Gavras.

En 1972, le Festival lui-même doit d’affirmer son indépendance en devenant le seul décisionnaire de la Sélection officielle quand, jusqu’ici, les films pouvant prétendre à la Sélection étaient désignés par leur pays d’origine. Cette même année, Robert Favre Le Bret devient Président du Festival de Cannes et Maurice Bessy lui succède au poste de Délégué général. À son arrivée, il décide de diversifier la Sélection pour accueillir d’autres catégories de films. De cette initiative naîtront en 1973 « Perspectives du cinéma français » et la section « Les Yeux fertiles » qui promeut des films sur d’autres formes d’art. En 1976, deux nouvelles sections parallèles voient le jour, il s’agit de « L’Air du temps » qui présente des films d’actualité et du « Passé composé », dédiée aux films de montage.

Avec l’association loi de 1901 gérée par un Conseil d’administration, le Festival de Cannes a été reconnu d’utilité publique en 1972.

On célèbre les 75 ans du cinéma français, des hommages sont rendus à Charlie Chaplin et Groucho Marx, tous deux distingués par la Légion d’honneur en 71 et 72. Les producteurs de Woodstock jouent les hippies au milieu des smokings, Francis Ford Coppola triomphe avec un Grand Prix pour The Conversation (Conversation secrète) en 1974 et une Palme d’or pour Apocalypse Now en 1979, tandis qu’aux côtés de Paul Newman, Robert Redford et Dustin Hoffman, on découvre les visages de Gérard Depardieu et Robert de Niro…

Gilles Jacob est nommé Délégué général en 1978. Il prend des mesures qui marqueront durablement l’identité du Festival : starisation du Jury, réduction de la durée de la manifestation et du nombre de films Hors Compétition, regroupement des sections parallèles au sein de la sélection Un Certain Regard, création du prix de la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film toutes sélections confondues, et apparition de films surprises et de séances de minuit.

Un renouveau et une modernisation du festival dans les années 80

Sous la direction de Gilles Jacob et de Pierre Viot, nommé Président en 1984, le Festival incarne une volonté affirmée de faire émerger des nouveaux talents et de défendre la liberté d’expression, afin qu’à Cannes les cinématographes du monde entier puissent trouver un terrain d’expression.

Ainsi les Philippines, la Chine, Cuba, l’Australie, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine, entre autres, font leur entrée dans les sélections. Chaque année, le concours donne à des cinéastes l’occasion d’accéder à une reconnaissance internationale aux côtés de valeurs reconnues. Dans ces années-là, marquent notamment les révélations telles que Alain Corneau, André Téchiné, Stephen Frears, Leos Carax, Lars Von Trier, Spike Lee, Jim Jarmusch et Emir Kusturica.

À leurs côtés, les noms déjà illustres de : Sergio Leone, Theo Angelopoulos, Bertrand Tavernier, Peter Greenaway, Ettore Scola, les Frères Taviani, Nikita Mikhalkov, Woody Allen, Jean-Luc Godard, Bernardo Bertolucci, Milos Forman, Francesco Rosi, John Huston, Andrzej Wajda , James Ivory, Andreï Tarkovski, Ken Loach, Andrzej Zulawski, Andrzej Wajda ou encore Akira Kurosawa, consacré avec Kagemusha, l’ombre du guerrier et Wim Wenders et son Paris, Texas, Palme la plus applaudie de la décennie.

Yves Montand président en 1987 le 40e anniversaire du Festival et rend hommage au maestro Federico Fellini. La cérémonie de clôture reste dans les mémoires. Au moment de recevoir sur scène sa Palme d’or,  très controversée, pour Sous le soleil de Satan, Maurice Pialat, poing levé, répond aux sifflets du public par une apostrophe devenue célèbre : « Vous ne m’aimez pas ! Je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ! » Deux ans plus tard, en 1989, la première rencontre « Cinéma & liberté » réunit à Cannes une centaine de réalisateurs autour d’un grand débat pour célébrer la chute du mur de Berlin et l’anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Les auteurs engagent alors une réflexion sur la liberté d’expression. Entre autres, Théo Angelopoulos, Bernardo Bertolucci, Yves Boisset, Youssef Chahine, Jerry Schatzberg, Wim Wenders, Emir Kusturica, Ettore Scola… signent une déclaration pour protester contre toutes les censures qui existent encore dans le monde.

Ce renouveau, cet ère moderne du Festival marque aussi un changement de lieu. En effet à la fin des années 70, devant le succès en plein essor de la manifestation, les responsables constatent qu’il faudrait tôt ou tard un nouveau Palais. En 1982, à la fin de l’édition, le triomphe dE.T., the Extra-Terrestrial de Steven Spielberg marque la dernière projection du Palais Croisette démoli en 1988.

Conçu par Druet et Bennett, le Palais des Festivals et des Congrès ou « Bunker » pour les initiés, est achevé en 1983. Il accueille comme première séance, en rodage, la projection de La Valse des pantins (The King of Comedy) de Martin Scorsese.

Ses nouvelles installations, le Grand Théâtre Lumière (2 400 places) et l’auditorium Claude Debussy (1000 places), contribuent au rayonnement du Festival mais également à l’essor continu du Marché du film qui passe le cap des 2.000 exposants et des 600 projections quotidiennes à la fin de la décennie. Il devient le plus important Marché du film au monde. À partir de cette époque, l’ascension des vingt-quatre célèbres marches rouges, devient un véritable rite cannois, médiatisé dans le monde entier.

Le monde crève l’écran dans les années 90

Dans les années 90, le Festival continue son expansion médiatique et son rayonnement profite à la promotion de nouvelles cinématographes.
Les palmarès récompensent des metteurs en scène venus du continent africain, d’Asie, d’Amérique Latine ou encore des pays de l’Est, stimulés par l’ouverture de l’ex-URSS comme en témoignent Pavel Lounguine, ou Vitali Kanevski. Le plus éclatant succès durant cette décennie revient aux réalisateurs asiatiques : Chen Kaige s’empare de la Palme avec Adieu ma concubine (Bawang Bieji), Vivre ! (Huo zhe) et Shanghai Triad (Yao a yao yao) de Zhang Yimou font leur entrée au Palmarès, Le Maître de marionnettes (Hsimeng Rensheng) de Hou Hsiao-hsien repart avec le Prix du jury et la sélection de Happy Together (Cheun gwong tsa sit) ouvre la reconnaissance à Wong Kar-wai. Rithy Panh, réalisateur cambodgien qui obtient également une Mention spéciale pour Les Gens de la rizière (Neak sre).

À l’ouest, le boycott du Festival par les majors américaines en représailles des accords du GATT (quota d’images que veulent imposer l’Europe et la France au nom de l’exception culturelle), donne l’opportunité au cinéma indépendant américain de s’implanter sur la Croisette : en 1991, Joel et Ethan Coen remportent la Palme d’or avec Barton Fink et trois ans plus tard, c’est au tour de Pulp Fiction de Quentin Tarantino de dominer le Palmarès. Au-delà des frontières, les sélections cannoises continuent de donner une représentation de l’époque, avec des œuvres engagées qui alimentent les débats sur la Croisette quand la caméra se fait témoin de l’histoire et de l’actualité, par exemple avec Land and Freedom de Ken Loach, La Haine de Mathieu Kassovitz, Underground d’Emir Kusturica, Le Regard d’Ulysse (To vlemma tou Odyssea) de Theo Angelopoulos, Jungle Fever de Spike Lee ou encore Welcome to Sarajevo de Michael Winterbottom.

Francesco Rosi inaugure La Leçon de Cinéma en 1991. Dans son sillage de prestigieux réalisateurs se succèderont pour donner un aperçu de leur parcours d’artiste et de leur vision du cinéma. Sur le même principe, la première Leçon de Musique est donnée en 2003 par Nicola Piovani et la première Leçon d’Acteur par Max Von Sydow en 2004.

1997 est une grande année ! C’est le cinquantième anniversaire du Festival de Cannes, à cette occasion tous les réalisateurs déjà primés par la Palme d’or sont réunis sur scène pour remettre la « Palme des Palmes » à Ingmar Bergman. En son absence, ce sont Liv et Linn Ulmann, sa femme et sa fille, qui reçoivent le trophée.

À la clôture, c’est à Youssef Chahine de recevoir le Prix du 50e anniversaire pour son Destin (Al Massir) et pour l’ensemble de son œuvre, des mains de la Présidente du Jury, Isabelle Adjani. Le Goût de la cerise (Ta’m e guilass) de Abbas Kiarostami et L’Anguille (Unagi) de Shohei Imamura remportent la Palme ex-aequo.

La décennie s’achève tournée vers l’avenir avec la création par Gilles Jacob d’une nouvelle sélection de courts et moyens métrages d’écoles de cinéma du monde entier, nommée la Cinéfondation en 1998. L’entité se développe en 2000 avec l’ouverture de La Résidence, où de jeunes réalisateurs viennent mener à bien l’écriture de leur scénario. Puis en 2005, avec l’Atelier, qui aide une vingtaine de réalisateurs par an à trouver des financements pour leur film.

Un nouveau millénaire cannois, les années 2000

En 2000, cérémonie d’ouverture en 3 actes pour saluer le nouveau millénaire ! C’est avec une équipe remaniée que le Festival de Cannes aborde cette nouvelle ère. Gilles Jacob est élu Président et succède à Pierre Viot qui occupait ce siège depuis 1985 à la suite de Robert Favre Le Bret. De 2001 à 2005, il est épaulé dans ses fonctions par Véronique Cayla, Directrice générale, et par Thierry Frémaux, Délégué artistique. La nouvelle direction oriente la manifestation de manière à accompagner les besoins du cinéma mondial et des professionnels et prend alors conscience de l’importance de se renouveler pour préparer l’avenir, notamment dans ses avancées technologiques.

Ce début de millénaire verra notamment l’expansion constante du Marché du Film et la création du Village International, tribune de cinématographies internationales inaugurée en 2000 avec 12 pays et qui en compte aujourd’hui une soixantaine.

A l’initiative de Thierry Frémaux, les œuvres du patrimoine d’abord projetées dans le cadre de rétrospectives thématiques sont présentées à partir de 2004 dans la sélection « Cannes Classics » qui rassemble : les copies restaurées, les hommages aux cinématographies et les documentaires sur le cinéma.
Pour fêter les 60 ans du Festival, en 2007, 33 des plus grands réalisateurs du monde sont réunis sur la scène du Grand Théâtre Lumière après avoir été invités à participer au film anniversaire Chacun son cinéma, par la réalisation d’un court métrage de trois minutes sur le thème de la salle de cinéma. L’anniversaire est aussi l’occasion de s’interroger sur les enjeux du cinéma de demain au cours d’un colloque qui réunit plus de 300 professionnels autour des nouveaux enjeux numériques. C’est également lors de cette édition qu’est inaugurée une nouvelle salle de cinéma sur le toit de la Riviera et qui conserve à ce jour le nom de « salle du Soixantième ».

Quelques mois après la fin de cette soixantième édition du Festival, le Conseil d’administration nomme Thierry Frémaux Délégué général du Festival. Il crée la nouvelle entité « Cannes Court Métrage » en 2010 pour réunir la Compétition des courts métrages et le Short Film Corner dans une dynamique complémentaire et offrir un panorama complet de la création mondiale du format court à Cannes.

Soucieux du soutien et de la promotion des films sélectionnés à l’international, Thierry Frémaux s’attache également à des projets visant à faire voyager la « Sélection officielle ». C’est ainsi qu’avec le Marché du Film, il crée en 2009 La Semana de Cine del Festival de Cannes, organisée chaque année à Buenos Aires, en même temps que Ventana Sur et s’associe aux Films de Cannes à Bucarest lancés par le réalisateur roumain Cristian Mungiu en 2010.

Il y a trois ans, Pierre Lescure est élu Président du Festival de Cannes par le Conseil d’Administration pour succéder à Gilles Jacob, nommé Président d’Honneur et Président de la Cinéfondation à partir du 1er juillet 2014.

Il y a tout juste une semaine, le Festival de Cannes a passé le cap de son 70e anniversaire sous la houlette du nouveau tandem dirigeant resté fidèle aux valeurs fondatrices du Festival : « encourager le développement de l’art cinématographique sous toutes ses formes et créer et maintenir un esprit de collaboration entre tous les pays producteurs de films.

Source : Site Officiel du Festival de Cannes

Festival de Cannes, la genèse

Ruban Cannes blog

Alors que débute aujourd’hui la soixante dixième édition du Festival de Cannes, je vous propose de retracer son histoire qui en a fait l’évènement culturel le plus prestigieux et le plus médiatisé au monde.

Désormais, le Festival de Cannes est un lieu incontournable pour les pays producteurs de films. Sa première réelle édition à lieu en septembre 1946. Cependant les prémisses de sa création datent de 1939.

Un festival libre pour contrer la menace fasciste

Juillet 1938 marque la sixième édition de la Mostra de Venise, première compétition internationale consacrée au septième art réunissant les grands pays producteurs de cinéma de l’entre deux guerres. La France y est alors représentée par une sélection de films et par deux membres du jury : Philippe Erlanger, diplomate et René Jeanne, journaliste.

Au jour de la clôture de la Mostra de 1938 le jury se réunit pour décider du palmarès de cette sixième édition. L’unanimité est faite autour d’un film américain, mais sous la pression d’Hitler le documentaire de propagande du régime nazi «Olympia film » (en français : « Les dieux du stade ») de Leni RIEFENSTAHL et le film « Luciano Serra pilota » (en Français: « Luciano Serra, pilote ») de Goffredo ALESSANDRINI se verront recevoir la plus haute distinction nommée « Coupe Mussolini ». Ala suite de cette décision, les membres représentants des pays démocratiques tels que les États-Unis, la Grande Bretagne et la France quittent alors la Mostra de Venise, bien décidés de ne pas y revenir.

Entre septembre 1938 et mai 1939, l’initiative de créer un festival consacré au septième art et qui ne serait pas sous la coupe fasciste devient en France une véritable affaire d’État. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, également en charge des manifestations d’ordre international redoute d’aggraver les relations avec l’Italie. Mais le ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, ainsi que le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, portent tous les deux l’idée que l’Europe doit mettre en place un festival de cinéma exempt de manoeuvres politiques. Les médias annoncent en juin 1939 la création d’un Festival de cinéma en France, lequel est soutenu par divers pays producteurs de films, en tout premier lieu les États-Unis. Il reste alors juste quelques mois pour en assurer la mise en oeuvre : l’ouverture est programmée pour le 1er septembre, soit en même temps que la Mostra.

L’enjeu est grand. La France doit choisir pour son festival un cadre aussi prestigieux que celui de Venise.  Une dizaine de villes françaises sont alors retenues. En un premier temps la ville de Biarritz est choisie comme siège, le 9 mai 1939. Néanmoins, le directeur des palaces cannois, le conseiller municipal parisien Georges Parde ainsi que ses partisans n’ont pas dit leur dernier mot, puisqu’à force de mobilisation ils obtiennent gain de cause. Le festival se tiendra à Cannes. Ainsi, le 31 mai 1939, la ville de Cannes et le gouvernement signent officiellement la création du festival international du film à seulement trois mois de son inauguration.

1939, le festival n’a pas lieu

La première édition du Festival de Cannes devait initialement se tenir du 1er au 20 septembre 1939 sous la présidence d’honneur de Louis Lumière, père du cinématographe, dans la salle du Casino municipal. Afin de mener à bien  celle-ci, un comité d’organisation avait été créé. Georges Huisman, président du secrétariat d’État au Beaux Arts, avait été nommé à la tête de ce comité.

L’accent avait été mis sur l’aspect universel qu’il avait été décidé de donner à cette manifestation. Chaque pays avait choisi les films qu’il aurait présentés en Compétition, le jury aurait représenté l’ensemble des participants. Il était prévu que toutes les nations présentes reçoivent un Grand Prix dans un esprit d’objectivité artistique et d’impartialité absolue. Le but étant de ne pas créer davantage de tensions, la France invite tous les pays producteurs de films, dont l’Allemagne et l’Italie. Suite au contexte de crise politique lors de l’été 1939, ces deux pays européens du futur Axe Rome-Berlin-Tokyo déclinent l’invitation. Alors neuf pays auraient été finalement en mesure de participer à cette première édition du Festival de Cannes, dont les États les plus puissants de l’industrie cinématographique.

Malgré des tentions internationales, en août, tout était prêt pour l’ouverture. La première affiche dite officielle est signée du peinte cannois Jean-Gabriel Domergue. Deux mille invitations auront été envoyés, un transatlantique aura été loué par la Métro Goldwyn Mayer (MGM) et aura jeté l’ancre dans la baie de Cannes avec à son bord des vedettes américaines tel que Tyrone Power, Gary Cooper, Douglas Fairbanks, George Raft, Paul Muni, Norma Shearer ou encore Mae West… De prestigieux premiers festivaliers profitent alors  d’une ambiance luxueuse, festive et ensoleillée.

Pour autant cette première édition du festival n’a pas lieu : en effet le 23 août tout le monde apprend avec stupéfaction la signature du pacte germano-soviétique, et c’est alors que la plupart des touristes quittent Cannes. Le comité du festival organise à titre privé la seule projection que connaîtra cette édition : celle du premier film américain en Compétition, Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame) de William Dieterle.

La date de l’inauguration du Festival est fixée au 1er septembre 1939 mais, ce jour là, l’armée Allemande envahit la Pologne. L’ouverture est alors repoussée de dix jours. Au vu des circonstances le festival ne peut commencer, la guerre étant déclarée le 3 septembre, accompagnée d’un ordre de mobilisation générale. Sa sélection comptait des films aussi prestigieux que Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz) de Victor Fleming, Seuls les anges ont des ailes (Only Angels Have Wings) de Howard Hawks, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille pour les Etats-Unis ou encore Lénine en 1918 (Lenin v 1918 godu) de Mikhaïl Romm pour l’URSS, Les Quatre plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda pour la Grande- Bretagne et La Loi du Nord de Jacques Feyder, L’Enfer des anges de Christian-Jaque et La Charrette fantôme de Julien Duvivier pour la France. En 2002, avec 63 ans de retard, son palmarès lui est remis par un jury présidé par Jean d’Ormesson lors d’un hommage rendu à cette sélection oubliée. La Palme d’Or 1939 est donc décernée à l’unanimité à Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille.

1940, une tentative d’une première édition dans le climat incertain de la seconde guerre mondiale

Les responsables cannois menés par Philippe Erlanger tentent de maintenir le projet du Festival malgré la déclaration de guerre et la mobilisation de l’année 40. La France obtient alors diplomatiquement l’accord et la participation de l’Italie qui n’a pas encore officiellement pris position dans le confit. Mussolini, contre toute attente, accepte à la condition que la Compétition française ne se déroule pas en même temps que celle de la Mostra de Venise. En déclarant la guerre à la France et la Grande-Bretagne le 10 juin 1940, le Duce ajourne durablement la manifestation dont l’organisation était déjà très compromise par les problèmes logistiques que pose la guerre : insuffisance des crédits, désorganisation du ravitaillement, avaries d’équipements cinématographiques, conditions de transport décourageant la venue des personnalités françaises et étrangères, sans compter la réquisition du Casino municipal par l’armée…

1946, une première édition au sortir de la seconde guerre mondiale

C’est en 1946, au lendemain de la seconde guerre mondiale, que le projet du Festival du film international voit le jour dans une édition qui s’ouvre le 20 septembre. Les réjouissances, ouvertes dans les jardins du Grand Hôtel par la cantatrice américaine Grace Moore, se poursuivent tout au long de la Compétition par de nombreux divertissements qui ancrent les premières éditions du Festival dans une ambiance mondaine et festive : feux d’artifice, retraite aux flambeaux, corso, lâcher de colombes, batailles de fleurs sur la Croisette, meeting aérien, défilés de mode, élection de la première Miss Festival.

La compétition initiée 9 ans plus tôt par Philippe Erlanger compte 19 pays et un jury international présidé par Georges Huisman. Elle est organisée selon les principes érigés en 1939. Par suite du manque de temps de préparation, les projections organisées dans le Casino municipal sont perturbées par quelques incidents techniques. Cependant toutes les nations présentes repartent avec un Grand prix et cette première édition s’achève sur un sentiment unanime de succès, tant du point de vue de la presse que de celui des délégations étrangères.

Ainsi, le Festival de Cannes vient de naître et c’est avec les plus grands noms du cinéma de l’époque, parmi lesquels Roberto Rossellini, Walt Disney, Billy Wilder, George Cukor, David Lean, Jean Renoir…  qu’il commence l’écriture de son histoire.

Source : Site officiel du Festival de Cannes

Sabine Zlatin, qui était « La Dame d’Izieu ?

Alors que c’était il y a 72 ans jour pour jour que Klaus Barbie dit « le boucher de Lyon », et chef de la Gestapo de la région lyonnaise ordonna l’arrestation des occupants de la maison d’Izieu, je vous propose à l’occasion de cet « anniversaire » de vous présenter sa glorieuse directrice de part son héroïsme.  Sabine Zlatin sera des décennies plus tard la présidente fondatrice du « Musée-mémorial des enfants d’Izieu ».

Biographie 

Sabine ZLATIN née CHWAST voit le jour le 13 janvier 1907 à Varsovie en Pologne, elle la cadette d’une famille juive de douze enfants. Sabine arrive en France au milieu des années 20 à Nancy où grâce à un professeur de l’université dans laquelle elle commence des études en histoire de l’art obtient une carte de séjour. Sabine reçoit en 1927 un Diplôme Elémentaire de Langue Française et de l’Alliance Française.

C’est à l’Université de Nancy qui accueillent de nombreux étudiants des pays de l’est qu’elle rencontre Miron ZLATIN, né en 1904 son futur mari, étudiant juif issu d’une famille aisée Russe. Ce dernier termine à Nancy ses études d’ingénieur agronome.
Sabine et Miron se sont marient officiellement dans ville natale de Sabine le 8 octobre 1928. Ils sont tous deux naturalisés français le 26  juillet 1939. Le couple garde un lien avec leurs familles restées à l’Est entre 1939 et 1942 bien que la mère de Sabine soit enfermée dès 1940 dans ghetto de Varsovie, cela par l’intermédiaire de la Croix Rouge. Les liens sont rompus en juillet 1942 (même période que la rafle du Vel d’Hiv à Paris, précisément le 16 juillet) lorsque les déportations vers le camps de la mort de Treblinka commencent.

Au printemps 1943 les ZLATIN quittent Montpellier avec une quinzaine d’enfants juifs. Ils gagnent tous ensemble la Zone d’occupation italienne située à l’Est du Rhône.

C’est avec l’aide du sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel WILTZER que Sabine et Miron s’installent à Izieu, dans l’Ain et y créent la «  Colonie des enfants réfugiés ». Miron organise prend la direction de la colonie au quotidien pendant que Sabine est en charge de maintenir le contact avec l’extérieur, notamment en effectuant des allers retours réguliers entre Izieu et Montpellier. Italie capitule le 8 septembre 1943, les allemands qui occupent désormais zone.

Le 18 octobre 1943, c’est la rentrée scolaire, Gabrielle PERRIER épouse TARDY est nommée institutrice à la « Colonie des enfants réfugiés ». La perquisition des locaux de la troisième direction de l’UGIF basée à Chambéry par la Gestapo le 8 février 1944 met en danger la colonie d’Izieu puisqu’elle en dépend financièrement. Revenue de Montpellier en mars, Sabine y retourne début avril pour tenter de disperser et trouver de nouveaux hébergements pour les enfants tout en y poursuivant sa première fonction au sein de l’OSE : assistante sociale, elle y aide d’ailleurs plusieurs famille. Elle est à Montpellier le 6 avril 1944 lorsqu’à lieu la rafle des quarante-quatre enfants et des sept éducateurs de la colonie dont elle est informée par un télégramme provenant de la sous-préfecture de Belley. Sabine a tenté de sauver les enfants en vain. Ce 6 avril 1944, la rafle effectuée par la Gestapo et de l’armée allemande de la région lyonnaise alors sous le commandement de Klaus Barbie. Tous sont dépotés via plusieurs convois successifs entre le 13 avril et le 30 juin 1944 de Lyon vers Drancy. Tous rouveront la mort à leur arrivée dans les camps d’extermination d’Auschwitz Reval (Tallin en Estonie aujourd’hui, excepté Léa Felblum éducatrice. Sabine quant à elle prend le risque de revenir à la maison d’Izieu quelques semaines après la rafle. Elle y récupère pêle-mêle des lettres, des dessins d’enfants qu’elle garde précieusement. Sabine ZLATIN gagne en suite Paris, où sous le nom de Jeanne Verdavoire elle assure une ou des missions auprès du service social du Mouvement de libération nationale. Sabine se voit nommée à la libération en 1945, chef du service hôtellerie centre Lutécia à Paris. Ce service est donc chargé d’organiser l’accueil des déportés. Plus d’un an après la rafle de la maison d’Izieu Sabine ZLATIN apprend que Miron, son mari ne reviendra jamais des camps que l’on appelle à juste titre « les camps de la mort ». A la fin de cette même année fait à travers la France une série de conférences sur déportation, le commencement du devoir de mémoire pour ses enfants et adultes victimes des atrocités barbares des autorités nazies.

Le 7 avril 1946, soit deux ans et un jour après la rafle lors d’une importante cérémonie, en sa présence une plaque commémorative est posée sur la maison et un monument est érigé à Bergnier-Cordon sur le bord de la route qui conduit à Izieu.

Dès lors, Sabine ZLATIN vient tous les ans commémorer avec les habitants des alentours la rafle de la « Colonie d’enfants réfugiés ».

En juin 1987, à Lyon se tient le procès de l’ancien chef de la gestapo de la région : Klaus Barbie. Sabine ZLATIN s’est constituée partie civile elle y témoigne. Suite à ce procès Sabine ZLATIN crée avec d’autres personnes ayant un lien avec l’histoire de cette colonie une association dont l’objectif sera de faire de cette maison marquée par l’Histoire tragique un lieu de mémoire vivant. Sabine est décorée de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur le 23 mars 1989 par François Mitterrand, Président de la République. Le « Musée-mémorial des enfants d’Izieu » est inauguré le 24 avril 1994, Sabine en devient la présidente-fondatrice et son action héroïque est reconnue par la République. Son souhait est que ce mémorial devienne un symbole, celui de la dénonciation des crimes contre l’humanité, un lieu de « vigilance de résistanceaux idéologies fanatiques » : un lieu ouverts à tous !

Sabine ZLATIN : la Dame d’Izieu, avec un grand « D » s’est éteinte le 21 septembre 1996 âgée de 89 ans après avoir fait de la Maison d’Izieu son légataire universel. Elle repose désormais au cimetière du Montparnasse.

Extrait poignant du témoignage de Sabine ZLATIN au procès de Klaus Barbie

« Barbie a dit pour sa défense qui ne s’occupait que des maquisards. Et les enfants d’Izieu, c’étaient quoi ? Des terroristes ? Des résistants ? NON !!! C’étaient des I-NNO-CENTS ! »

Fête des lumières, l’évènement incontournable de Lyon

L’origine de la fête 

Depuis le Moyen Âge la ville de Lyon vénère la Vierge Marie. En 1643 sud de la France est touchée par la peste. La ville de Lyon se met alors sous la protection de la Vierge. Les échevins de Lyon, le prévôt des marchands et les notables firent alors vœu de rendre hommage chaque année à la Vierge si l’épidémie de peste cessait. Comme l’épidémie cessa, le peuple tint sa promesse et rendit hommage à la Vierge, chaque année.

Dès lors, un cortège solennel municipal se rend à la basilique Notre-Dame de Fourvière depuis la Cathédrale Saint-Jean chaque 8 septembre (et non le 8 décembre), jour de consécration de la ville à la Vierge, le jour de la fête de sa Nativité, pour lui offrir cierges et écus d’or : il s’agit du Vœu des Échevins.

Le 8 décembre, jour de la fête de l’Immaculée Conception, fut choisi, en 1852, pour inaugurer la statue de la Sainte-Vierge posée sur le clocher de l’ancienne chapelle de Fourvière, inauguration qui aurait dû avoir lieu le 8 septembre précédant, mais qui fut reportée pour des raisons météorologiques. La pluie intervient une nouvelle fois ; cependant, les Lyonnais, ayant attendu trois mois, ne voulurent pas annuler la fête et allumèrent les lumignons qu’ils avaient préparés.

Premières illustrations du 8 décembre 

Les autorités lancent en 1850 un concours pour la réalisation d’une statue de Marie qui sera positionnée sur le haut de la colline. Le projet de Joseph-Hugues Fabisch, présenté par quelques notables lyonnais et fervents catholiques, puis acceptée par le cardinal de Bonald en 1850, remporte le concours.

En 1852, est inaugurée la statue de la Vierge Marie érigée sur la chapelle de la colline de Fourvière. L’inauguration devait avoir lieu le 8 septembre 1852, jour de la fête de la Nativité de la Vierge et date anniversaire du vœu des échevins de 1643. Mais, une crue de la Saône aurait empêché qu’elle fût prête ce jour-là et que la cérémonie s’effectuât. L’archevêché, en accord avec la commission des laïcs, choisit alors de reporter l’inauguration à la date du 8 décembre 1852.

Or, le 8 décembre est la date de la fête de l’Immaculée Conception de la Vierge, fête célébrée depuis le ixe siècle, bien que la proclamation du dogme ne date que de 1854. Les jours qui précèdent l’inauguration, tout est en place pour les festivités : la statue doit être illuminée par des feux de Bengale, on prévoit des feux d’artifices depuis le haut de la colline et des fanfares vont jouer dans les rues. Les notables catholiques lyonnais proposent d’illuminer les façades de leurs maisons comme cela se fait traditionnellement pour les grands événements (entrées royales, victoires militaires…).

Mais le 8 décembre au matin, un violent orage s’abat sur Lyon. Le maître des cérémonies décide aussitôt de tout annuler et de reporter les réjouissances nocturnes au dimanche suivant. Puis, finalement, le ciel se dégage, et la population lyonnaise qui avait tant attendu cette cérémonie, d’un geste spontané, illumine ses fenêtres, descend dans les rues et quelques feux de Bengale allumés à la hâte éclairent la statue et la chapelle de Notre-Dame-de-Fourvière (la basilique n’existe pas encore). Les Lyonnais chantent des cantiques et crient « Vive Marie ! » jusque tard dans la nuit.

Une tradition : Lumignons sur le bord d’une fenêtre. 

Depuis 1852, la fête a été reconduite chaque année. La tradition veut que chaque famille habitant la partie de Lyon illuminée le 8 décembre conserve avec ses décorations de Noël, son assortiment de verres du 8 décembre, épais et parfois colorés. On appelle ces verres garnis d’une bougie des « lumignons » ou « lampions ». Dès le mois de novembre, on trouve dans les magasins des sacs de ces fameuses bougies courtes et cannelées comme des gâteaux, ainsi que des assortiments de verres. Le soir du 8 décembre, les bougies sont allumées et placées dans les verres déposés sur le bord des fenêtres.

Avec la municipalité de Michel Noir en 1989, la fête spontanée est accompagnée par des mises en lumière de certains monuments, puis à partir de 1999 par des animations plus importantes proposées par la municipalité et les professionnels du spectacle. Ces animations ont un caractère contemporain qui réside soit dans le concept soit dans la réalisation de l’ œuvre éphémère partant de la tradition. Parties du centre ville, elles touchent aujourd’hui tous les quartiers de la cité. Tout cela fait que cette fête a revêtu un caractère également touristique, attirant plusieurs millions de visiteurs chaque année. La participation populaire demeure néanmoins très présente du fait des façades illuminées et des déambulations le soir du 8 décembre.

Affluence exceptionnelle dans le métro lors de la Fête des lumières (ici à Bellecour en 2006).

Toutefois, et malgré un attachement de la population lyonnaise à la tradition, les fenêtres pourvues de lumignons sont de fait minoritaires aujourd’hui. Ceci s’expliquerait notamment parce-que la fête institutionnelle ferait de l’ombre à la tradition.

La fête ne cesse de prendre de l’ampleur et la présence, ces dernières années, de concepteurs nationaux et internationaux de renom illustre bien le rayonnement international grandissant de cette manifestation. Étendue sur 4 jours depuis 1999, Lyon 8 décembre – Fête des Lumières anime tous les quartiers qui sont antérieurs à 1930 et l’urbanisme de création d’habitat en hauteur. Il offre dans la ville des scénographies et des spectacles de lumière innovants et surprenants, ou tout à fait traditionnels sur des sites qui peuvent être insolites. Le lien de la relation de la ville de Lyon avec la Chine (la soie) est exprimé ainsi par exemple en 2013 au Parc de la Tête d’Or par des lumignons et des éclairages orientaux traditionnels.

Heavent Sud, le salon des professionnels de l’évènement, organisait, le 29 mars 2007 au Palais des Festivals de Cannes, la première édition des trophées de l’évènement. La Fête des Lumières s’est vu décerner le trophée du « meilleur évènement Grand Public 2006 ».

En 2010, 3 millions de personnes ont déambulé dans les rues de Lyon pour la Fête des Lumières[6]. En 2012, 4 millions de visiteurs admiraient la ville de la Fête des Lumières.

Car de plus en plus évènement touristique, la Fête des Lumières draine chaque année des millions de visiteurs venus de tous les pays, ce qui en fait vraisemblablement l’un des quatre plus grands rassemblements festifs au monde, en termes de fréquentation (après le Kumbh Mela, le Carnaval de Rio et l’Oktoberfest de Munich). Cette fête se distingue par son aspect populaire associé à une envergure artistique pour les arts contemporains, arts plastiques et musique.

Pour la première fois de son histoire, la Fête des Lumières 2015 de Lyon est menacée d’annulation dès le 14 novembre 2015 pour des raisons de sécurité en raison des événements tragiques survenus à Paris durant les attentats du 13 novembre 2015. Cette annulation est confirmée le 19 novembre 2015 lors d’une conférence de presse réunissant le maire de Lyon Gérard Collomb et le préfet du Rhône Michel Delpuech ; les festivités sont remplacées par un hommage aux victimes des attentats parisiens, à travers la pose traditionnelle de lumignons sur les fenêtres.

Lumignons Bleu-Blanc-Rouge

Hommage aux victimes à l’aide de lumignons aux couleurs de la France

Bien que la Fête des Lumières soit annulée pour l’édition 2015, plusieurs manifestations ont été autorisées par le préfet, dont l’hommage aux victimes mais aussi la procession et montée aux flambeaux vers la Basilique Notre-Dame de Fourvière qui a lieu chaque année. Les Lyonnais ont été invités pour rendre hommage aux victimes des Attentats du 13 novembre 2015 en France , de poser des lumignons sur leurs fenêtres, ce que nombreux d’entre eux faisaient auparavant mais la tradition se perdait depuis plusieurs années à cause du départ de nombreux Lyonnais du fait des nombreux touristes venant assister à cet événement. L’éclairage public du centre-ville fut éteint pour admirer les nombreuses fenêtres illuminées. Le diocèse lance également pour les 7 et 8 décembre l’opération « Merci Marie

Paulette Sarcey – « Tu faisais quoi le 8 mai 1945 ? »

Montreuil (93), 16h au cinéma du centre Commercial Croix de Chaveaux, le 8 mai 2015.

L’association Périphérie, fondée par Jean–Patrick Lebel, a proposé de commémorer le 70e anniversaire de la défaite du nazisme en projetant le premier documentaire sur le camp de Drancy, réalisé par Jean-Patrick Lebel en 1986.

Cette projection a eu lieu en présence de deux témoins des atrocités de ces années noires du 20e siècle.

 Avec Paulette 1 (c)

Paulette Sarcey (91 ans, en photo ci-dessus) témoigne.

« Paulette, tu faisais quoi le 8 mai 1945 ? »

– « J’étais en route. Le 8 mai 45, pardon, il faut que je vous dise… que j’ai été libérée. Il faudrait que je fasse un retour en arrière parce que le 18 janvier, les Allemands… On entendait le front russe qui approchait, il y avait déjà eu quelques …, je parle d’Auschwitz, le camp d’extermination d’Auschwitz… On entendait l’approche des Soviétiques. On sentait que quelque chose se préparait. Le 18 janvier 1945, les Allemands évacuent le camp de tous ceux, qui se tiennent… de toutes les femmes qui sont encore debout. Restent seulement à « l’hôpital », ce qu’ils appelaient « l’hôpital », des mortes-vivantes, des squelettes nus avec des couvertures. Alors, ça commence par être une chasse pour former des commandos… de sortir du camp parce qu’il y a des bruits qui circulent. Les Allemands brûlent les archives, il y a des camions qui partent, les Allemands partent, il se passe quelque chose, alors on commence… par différents… on dit qu’il y avait un réseau de résistance à l’intérieur du camp d’Auschwitz, extraordinaire, alors on se consulte. Qu’est–ce qu’on fait ? Est–ce qu’on reste ou est ce qu’on part ? C’est toute la journée, c’est les coups qui pleuvent, on se cache, on ressort… Finalement le Commandant Heuss fait un grand discours : « Vous aurez un pain pour quatre, vous prenez une couverture et on vous sauve du péril rouge. Les Soviétiques approchent et on vous sauve des Russes.  » Donc ça commence, ce qu’on a appelé ensuite « la marche vers la mort » nous avons marché, je ne me souviens pas…. dans une neige avec une température basse. Ceux qui traînent son achevés sur place. Ceux qui s’arrêtent pour se soulager sont assassinés sur place. On est escortés par des soldats allemands qui poussent pour resserrer les rangs parce que ça traîne, il faut resserrer, faut marcher vite et nous sommes incapables de marcher vite, et les morts jonchent la route, oui, ce qu’on appelle maintenant « la marche de la mort ». Finalement, on est arrivés, au bout de vingt-quatre heures je pense, à un train de plate-forme, des plates-formes ouvertes couvertes de neige fine, et il neige. Et ce train nous emmène, je crois une journée, une nuit a Ravensbruck qui est un camp énorme de femmes, où ils ont dressé une tente immense pour recevoir tous les camps de femmes qui viennent Silésie, de l’Est, qui sont couchées sur une paille où il y a la vermine, où il y a des excréments, où il y a les mortes, il y a les vivantes et on marche sur les corps, c’est l’enfer ! » Explique Paulette. «Nous sommes restées à Ravensbruck huit jours, je crois, où nous avons retrouvé nos compagnes françaises, dont quelqu’un de très proche pour moi, je vais la nommer parce que c’est un nom : Marie-Claude Vaillant-Couturier. Donc elle nous a… La solidarité à Ravensbruck, parce que à Ravensbruck il n’ y avait rien. Rien à manger, rien à boire, on se désaltérait avec la neige, on avait la neige jusqu’aux genoux. Et au bout de quelques jours on nous a mises dans un train et on est arrivées dans un espèce d’espace qui ne ressemblait pas à un camp, qui n’avait pas des baraques comme un camp mais des petites maisons individuelles, c’était entre Hambourg et Berlin sur l’Elbe et ça s’appelait le Schfatz (?). A le Schfatz nous sommes restées donc du 18 janvier, début février, jusqu’au mois de mai. On a été libérées le 2 mai, les fils de fer électriques ont été coupés par des Français qui étaient prisonniers de guerre à proximité. Donc le 8 mai, que nous commémorons aujourd’hui, nous étions sur les routes de retour. Donc, on a été pris en charge d’abord par les Soviétiques ensuite par les Américains ensuite par les Anglais et à la zone française qui était à Lille. C’est là qu’il y a eu le premier contrôle de police d’identité des Français qui étaient là, avec des listes de noms de déportés de France pour vérifier… parce que à chaque passage des armées il y avait un contrôle… si on n’était pas des infiltrées, des SS qui essayaient de s’infiltrer parmi les déportés… on a dit qu’ils avaient un tatouages de reconnaissance. Je sais pas. Toujours est-il, c’est comme ça. Finalement je suis arrivée à Paris à l’hôtel Lutecia, le 22 mai 1945. » poursuit et conclut Paulette.