Paulette Sarcey – « Tu faisais quoi le 8 mai 1945 ? »


Montreuil (93), 16h au cinéma du centre Commercial Croix de Chaveaux, le 8 mai 2015.

L’association Périphérie, fondée par Jean–Patrick Lebel, a proposé de commémorer le 70e anniversaire de la défaite du nazisme en projetant le premier documentaire sur le camp de Drancy, réalisé par Jean-Patrick Lebel en 1986.

Cette projection a eu lieu en présence de deux témoins des atrocités de ces années noires du 20e siècle.

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Paulette Sarcey (91 ans, en photo ci-dessus) témoigne.

« Paulette, tu faisais quoi le 8 mai 1945 ? »

– « J’étais en route. Le 8 mai 45, pardon, il faut que je vous dise… que j’ai été libérée. Il faudrait que je fasse un retour en arrière parce que le 18 janvier, les Allemands… On entendait le front russe qui approchait, il y avait déjà eu quelques …, je parle d’Auschwitz, le camp d’extermination d’Auschwitz… On entendait l’approche des Soviétiques. On sentait que quelque chose se préparait. Le 18 janvier 1945, les Allemands évacuent le camp de tous ceux, qui se tiennent… de toutes les femmes qui sont encore debout. Restent seulement à « l’hôpital », ce qu’ils appelaient « l’hôpital », des mortes-vivantes, des squelettes nus avec des couvertures. Alors, ça commence par être une chasse pour former des commandos… de sortir du camp parce qu’il y a des bruits qui circulent. Les Allemands brûlent les archives, il y a des camions qui partent, les Allemands partent, il se passe quelque chose, alors on commence… par différents… on dit qu’il y avait un réseau de résistance à l’intérieur du camp d’Auschwitz, extraordinaire, alors on se consulte. Qu’est–ce qu’on fait ? Est–ce qu’on reste ou est ce qu’on part ? C’est toute la journée, c’est les coups qui pleuvent, on se cache, on ressort… Finalement le Commandant Heuss fait un grand discours : « Vous aurez un pain pour quatre, vous prenez une couverture et on vous sauve du péril rouge. Les Soviétiques approchent et on vous sauve des Russes.  » Donc ça commence, ce qu’on a appelé ensuite « la marche vers la mort » nous avons marché, je ne me souviens pas…. dans une neige avec une température basse. Ceux qui traînent son achevés sur place. Ceux qui s’arrêtent pour se soulager sont assassinés sur place. On est escortés par des soldats allemands qui poussent pour resserrer les rangs parce que ça traîne, il faut resserrer, faut marcher vite et nous sommes incapables de marcher vite, et les morts jonchent la route, oui, ce qu’on appelle maintenant « la marche de la mort ». Finalement, on est arrivés, au bout de vingt-quatre heures je pense, à un train de plate-forme, des plates-formes ouvertes couvertes de neige fine, et il neige. Et ce train nous emmène, je crois une journée, une nuit a Ravensbruck qui est un camp énorme de femmes, où ils ont dressé une tente immense pour recevoir tous les camps de femmes qui viennent Silésie, de l’Est, qui sont couchées sur une paille où il y a la vermine, où il y a des excréments, où il y a les mortes, il y a les vivantes et on marche sur les corps, c’est l’enfer ! » Explique Paulette. «Nous sommes restées à Ravensbruck huit jours, je crois, où nous avons retrouvé nos compagnes françaises, dont quelqu’un de très proche pour moi, je vais la nommer parce que c’est un nom : Marie-Claude Vaillant-Couturier. Donc elle nous a… La solidarité à Ravensbruck, parce que à Ravensbruck il n’ y avait rien. Rien à manger, rien à boire, on se désaltérait avec la neige, on avait la neige jusqu’aux genoux. Et au bout de quelques jours on nous a mises dans un train et on est arrivées dans un espèce d’espace qui ne ressemblait pas à un camp, qui n’avait pas des baraques comme un camp mais des petites maisons individuelles, c’était entre Hambourg et Berlin sur l’Elbe et ça s’appelait le Schfatz (?). A le Schfatz nous sommes restées donc du 18 janvier, début février, jusqu’au mois de mai. On a été libérées le 2 mai, les fils de fer électriques ont été coupés par des Français qui étaient prisonniers de guerre à proximité. Donc le 8 mai, que nous commémorons aujourd’hui, nous étions sur les routes de retour. Donc, on a été pris en charge d’abord par les Soviétiques ensuite par les Américains ensuite par les Anglais et à la zone française qui était à Lille. C’est là qu’il y a eu le premier contrôle de police d’identité des Français qui étaient là, avec des listes de noms de déportés de France pour vérifier… parce que à chaque passage des armées il y avait un contrôle… si on n’était pas des infiltrées, des SS qui essayaient de s’infiltrer parmi les déportés… on a dit qu’ils avaient un tatouages de reconnaissance. Je sais pas. Toujours est-il, c’est comme ça. Finalement je suis arrivée à Paris à l’hôtel Lutecia, le 22 mai 1945. » poursuit et conclut Paulette.

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