Festival de Cannes, la genèse

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Alors que débute aujourd’hui la soixante dixième édition du Festival de Cannes, je vous propose de retracer son histoire qui en a fait l’évènement culturel le plus prestigieux et le plus médiatisé au monde.

Désormais, le Festival de Cannes est un lieu incontournable pour les pays producteurs de films. Sa première réelle édition à lieu en septembre 1946. Cependant les prémisses de sa création datent de 1939.

Un festival libre pour contrer la menace fasciste

Juillet 1938 marque la sixième édition de la Mostra de Venise, première compétition internationale consacrée au septième art réunissant les grands pays producteurs de cinéma de l’entre deux guerres. La France y est alors représentée par une sélection de films et par deux membres du jury : Philippe Erlanger, diplomate et René Jeanne, journaliste.

Au jour de la clôture de la Mostra de 1938 le jury se réunit pour décider du palmarès de cette sixième édition. L’unanimité est faite autour d’un film américain, mais sous la pression d’Hitler le documentaire de propagande du régime nazi «Olympia film » (en français : « Les dieux du stade ») de Leni RIEFENSTAHL et le film « Luciano Serra pilota » (en Français: « Luciano Serra, pilote ») de Goffredo ALESSANDRINI se verront recevoir la plus haute distinction nommée « Coupe Mussolini ». Ala suite de cette décision, les membres représentants des pays démocratiques tels que les États-Unis, la Grande Bretagne et la France quittent alors la Mostra de Venise, bien décidés de ne pas y revenir.

Entre septembre 1938 et mai 1939, l’initiative de créer un festival consacré au septième art et qui ne serait pas sous la coupe fasciste devient en France une véritable affaire d’État. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, également en charge des manifestations d’ordre international redoute d’aggraver les relations avec l’Italie. Mais le ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, ainsi que le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, portent tous les deux l’idée que l’Europe doit mettre en place un festival de cinéma exempt de manoeuvres politiques. Les médias annoncent en juin 1939 la création d’un Festival de cinéma en France, lequel est soutenu par divers pays producteurs de films, en tout premier lieu les États-Unis. Il reste alors juste quelques mois pour en assurer la mise en oeuvre : l’ouverture est programmée pour le 1er septembre, soit en même temps que la Mostra.

L’enjeu est grand. La France doit choisir pour son festival un cadre aussi prestigieux que celui de Venise.  Une dizaine de villes françaises sont alors retenues. En un premier temps la ville de Biarritz est choisie comme siège, le 9 mai 1939. Néanmoins, le directeur des palaces cannois, le conseiller municipal parisien Georges Parde ainsi que ses partisans n’ont pas dit leur dernier mot, puisqu’à force de mobilisation ils obtiennent gain de cause. Le festival se tiendra à Cannes. Ainsi, le 31 mai 1939, la ville de Cannes et le gouvernement signent officiellement la création du festival international du film à seulement trois mois de son inauguration.

1939, le festival n’a pas lieu

La première édition du Festival de Cannes devait initialement se tenir du 1er au 20 septembre 1939 sous la présidence d’honneur de Louis Lumière, père du cinématographe, dans la salle du Casino municipal. Afin de mener à bien  celle-ci, un comité d’organisation avait été créé. Georges Huisman, président du secrétariat d’État au Beaux Arts, avait été nommé à la tête de ce comité.

L’accent avait été mis sur l’aspect universel qu’il avait été décidé de donner à cette manifestation. Chaque pays avait choisi les films qu’il aurait présentés en Compétition, le jury aurait représenté l’ensemble des participants. Il était prévu que toutes les nations présentes reçoivent un Grand Prix dans un esprit d’objectivité artistique et d’impartialité absolue. Le but étant de ne pas créer davantage de tensions, la France invite tous les pays producteurs de films, dont l’Allemagne et l’Italie. Suite au contexte de crise politique lors de l’été 1939, ces deux pays européens du futur Axe Rome-Berlin-Tokyo déclinent l’invitation. Alors neuf pays auraient été finalement en mesure de participer à cette première édition du Festival de Cannes, dont les États les plus puissants de l’industrie cinématographique.

Malgré des tentions internationales, en août, tout était prêt pour l’ouverture. La première affiche dite officielle est signée du peinte cannois Jean-Gabriel Domergue. Deux mille invitations auront été envoyés, un transatlantique aura été loué par la Métro Goldwyn Mayer (MGM) et aura jeté l’ancre dans la baie de Cannes avec à son bord des vedettes américaines tel que Tyrone Power, Gary Cooper, Douglas Fairbanks, George Raft, Paul Muni, Norma Shearer ou encore Mae West… De prestigieux premiers festivaliers profitent alors  d’une ambiance luxueuse, festive et ensoleillée.

Pour autant cette première édition du festival n’a pas lieu : en effet le 23 août tout le monde apprend avec stupéfaction la signature du pacte germano-soviétique, et c’est alors que la plupart des touristes quittent Cannes. Le comité du festival organise à titre privé la seule projection que connaîtra cette édition : celle du premier film américain en Compétition, Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame) de William Dieterle.

La date de l’inauguration du Festival est fixée au 1er septembre 1939 mais, ce jour là, l’armée Allemande envahit la Pologne. L’ouverture est alors repoussée de dix jours. Au vu des circonstances le festival ne peut commencer, la guerre étant déclarée le 3 septembre, accompagnée d’un ordre de mobilisation générale. Sa sélection comptait des films aussi prestigieux que Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz) de Victor Fleming, Seuls les anges ont des ailes (Only Angels Have Wings) de Howard Hawks, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille pour les Etats-Unis ou encore Lénine en 1918 (Lenin v 1918 godu) de Mikhaïl Romm pour l’URSS, Les Quatre plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda pour la Grande- Bretagne et La Loi du Nord de Jacques Feyder, L’Enfer des anges de Christian-Jaque et La Charrette fantôme de Julien Duvivier pour la France. En 2002, avec 63 ans de retard, son palmarès lui est remis par un jury présidé par Jean d’Ormesson lors d’un hommage rendu à cette sélection oubliée. La Palme d’Or 1939 est donc décernée à l’unanimité à Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille.

1940, une tentative d’une première édition dans le climat incertain de la seconde guerre mondiale

Les responsables cannois menés par Philippe Erlanger tentent de maintenir le projet du Festival malgré la déclaration de guerre et la mobilisation de l’année 40. La France obtient alors diplomatiquement l’accord et la participation de l’Italie qui n’a pas encore officiellement pris position dans le confit. Mussolini, contre toute attente, accepte à la condition que la Compétition française ne se déroule pas en même temps que celle de la Mostra de Venise. En déclarant la guerre à la France et la Grande-Bretagne le 10 juin 1940, le Duce ajourne durablement la manifestation dont l’organisation était déjà très compromise par les problèmes logistiques que pose la guerre : insuffisance des crédits, désorganisation du ravitaillement, avaries d’équipements cinématographiques, conditions de transport décourageant la venue des personnalités françaises et étrangères, sans compter la réquisition du Casino municipal par l’armée…

1946, une première édition au sortir de la seconde guerre mondiale

C’est en 1946, au lendemain de la seconde guerre mondiale, que le projet du Festival du film international voit le jour dans une édition qui s’ouvre le 20 septembre. Les réjouissances, ouvertes dans les jardins du Grand Hôtel par la cantatrice américaine Grace Moore, se poursuivent tout au long de la Compétition par de nombreux divertissements qui ancrent les premières éditions du Festival dans une ambiance mondaine et festive : feux d’artifice, retraite aux flambeaux, corso, lâcher de colombes, batailles de fleurs sur la Croisette, meeting aérien, défilés de mode, élection de la première Miss Festival.

La compétition initiée 9 ans plus tôt par Philippe Erlanger compte 19 pays et un jury international présidé par Georges Huisman. Elle est organisée selon les principes érigés en 1939. Par suite du manque de temps de préparation, les projections organisées dans le Casino municipal sont perturbées par quelques incidents techniques. Cependant toutes les nations présentes repartent avec un Grand prix et cette première édition s’achève sur un sentiment unanime de succès, tant du point de vue de la presse que de celui des délégations étrangères.

Ainsi, le Festival de Cannes vient de naître et c’est avec les plus grands noms du cinéma de l’époque, parmi lesquels Roberto Rossellini, Walt Disney, Billy Wilder, George Cukor, David Lean, Jean Renoir…  qu’il commence l’écriture de son histoire.

Source : Site officiel du Festival de Cannes

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